Manifeste

Lorsque peu à peu se dissipent les repères, que s’amorce la désagrégation du corps et du sens commun, que l’apatridie se conjugue avec respectabilité et que le cynisme semble devenir loi, nul temps de s’alanguir. Voilà les traces d’un défi dont la taille est proportionnelle à la ferveur nécessaire pour le surmonter. Héritière d’un Québec déterminé à demeurer dans l’histoire, c’est une jeunesse au regard clair et enchanté, exempt de toute nostalgie, qui jette aujourd’hui les germes d’un nouveau mouvement national.

La Nouvelle Alliance est un mouvement indépendantiste québécois. En cette conviction que le Québec, irréductible héritier de la présence française en Amérique, se doit d’exercer une pleine et entière souveraineté sur toute question ayant trait à l’avenir de la cité et de ses enfants, nous plaçons nos espoirs, notre force vive, notre essence, tous les moteurs de notre engagement et le ciment de notre alliance. Nulle dualité à notre allégeance.

Nouvelle, car voilà ce qu’incarne notre jeunesse. Celle-ci doit incarner le neuf et non le périmé, l’innovation et non la stagnation, le vivant et non le mortifère. Au cœur de notre mouvement, c’est une véritable « génération des vivants » qui se constitue.

Alliance, car nous fédérons des jeunes de tous les horizons politiques ayant pour seul objectif de réaliser l’indépendance nationale. Tel est le sceau de notre concorde. En reléguant aux choses passées la partisanerie, le favoritisme ainsi que les clivages superficiels et divisifs, en faisant primer sur nos individualités le bien supérieur de la patrie, c’est l’entièreté de notre être national que nous embrassons.

À l’indépendantisme, nous conjuguons le nationalisme. Ces deux aspects doivent être en symbiose, se présenter tels qu’ils le sont : soit les deux faces d’une même médaille. Plus souvent qu’autrement, l’on observe chez certains courants souverainistes une opposition fallacieuse entre le nationalisme, soit la croyance que tout enjeu doit être traité et répondu selon l’intérêt premier de la nation, et l’indépendantisme, certitude indépassable constituant l’ultime moyen d’exercer nos pleins pouvoirs. Le premier serait l’incarnation d’un repli, d’une intolérance, d’une fierté malsaine et de bien d’autres mots fourre-tout. Il n’en est rien. À ces qualificatifs mensongers, nous opposons une vision unificatrice et transcendante de la nation tout en revendiquant fièrement le legs transmis indivis depuis cinq siècles et notre volonté de le maintenir en vie. Notre peuple a sa noblesse, notre pays a sa grandeur. Chérir cela n’est pas une honte. C’est contribuer à faire vivre notre part d’humanité.

La présence française en Amérique n’a rien d’un accident; elle n’est pas le fruit du hasard. Il s’agit du résultat de la résilience de milliers de femmes et d’hommes, qui par leur ardeur, leur résistance et leur volonté à toute épreuve, ont maintenu leur existence collective malgré l’inextricable adversité à laquelle ils firent face. De l’arrivée de Jacques Cartier à la fondation de Québec par Champlain, départ de notre aventure en terre nord-américaine ; par la colonisation de la vallée laurentienne, prise de possession et fructification de cette terre par la sueur et le sang ; par l’exploration de l’immensité du territoire français de l’Amérique, essaimant leur présence, donnant une couleur française là où ils s’arrêtaient : de l’Acadie à la Louisiane en passant par le Canada et la vallée du Mississippi ; nos aïeux ont su s’inscrire dans l’épopée de la Nouvelle-France, genèse de notre histoire et de notre être collectif.

Si les mouvements militants sérieux au Québec depuis les années soixante offrent certes à la population québécoise des options diverses concernant la question nationale, la question économique ainsi qu’envers le rapport qu’il conviendrait d’entretenir avec le soi-disant progrès, aucun n’a tenté jusqu’à aujourd’hui d’enfoncer la porte qui ouvre sur des possibilités futures inédites pour la nation québécoise, et ce, dans une véritable synthèse de ses intérêts nationaux et de son « bon sens » proverbial ; aucun n’a tenté une synthèse totale de l’identité québécoise en un mouvement qui puisse lui répondre comme son miroir.

Les discussions politiques et les partis qui s’affrontent dans l’arène publique de notre nation depuis les débuts du parlementarisme ne se battent généralement que pour des détails de note de bas de page – sauf peut-être dans quelques cas particuliers, comme 1837, 1980, 1995, etc. L’enjeu fondamental de notre histoire est plutôt la décision consciente de s’engager dans l’avenir en tant que Québécois et afin que notre nation devienne à la fois puissante et pérenne. Cette décision doit s’enraciner dans un sol : celui sur lequel les vénérables Laurentides se dressent ; celui que nos ancêtres ont à la fois labouré et poétisé ; celui sur lequel le Québec moderne s’est fièrement érigé ; celui, également, où nos descendants marcheront en réalisant le glorieux commencement de notre histoire, qui s’inscrit comme tout début instituant dans la durée de l’histoire humaine.

Chaque aspect de notre culture doit être valorisé – notre langue, notre manière particulière d’habiter la terre et d’aborder le monde en sont les traits fondamentaux. Pour quelques-uns, l’ascendance de la France et de sa royauté millénaire représente le fondement de notre identité ; pour d’autres, c’est plutôt le catholicisme et le rapport particulier à l’Église qui nous caractérise en propre ; pour certains, plus nombreux encore, il s’agit bien au contraire des acquis sociaux-démocrates de la Révolution tranquille ; pour plusieurs, finalement, de notre statut en tant que Québécois, peuple absolument distinct parmi tous les autres, francophones de l’Amérique du Nord.

Pour nous, aucun socle définitif ne pourra jamais servir à la fondation d’une nation pérenne, si ce n’est une décision du peuple de s’engager fermement, au nom du passé, pour le présent et l’avenir de celle-ci. Car nul peuple, de même que nul individu ne saurait atteindre sa pleine quintessence prodiguée par son génie en subissant bêtement l’histoire. Le cas échéant, le verdict à poser serait celui d’une suffisance amorphe, symptôme d’une indifférence à l’endroit des conditions essentielles de l’existence, engendrant l’inertie et la mort lente. Parce que l’histoire, s’il est vrai que nous nous y inscrivons, nous la faisons également, d’abord et avant tout. Voici donc venu le temps de nous percevoir à nouveau comme bâtisseurs d’empire; seule estime pleinement fidèle à notre condition et préalable à tous les chefs-d’œuvre engendrés par notre espèce, quels qu’ils fussent. Si c’est à la fois notre héritage français, le catholicisme, la Révolution tranquille ainsi que le nom de Québécois qui nous distingue, ce n’est pourtant rien de tout cela qui nous définit en propre, car notre histoire se fera encore pour des siècles si notre volonté sait s’y inscrire. Le destin de notre nation dans l’histoire, comme berceau de l’Amérique française, repose sur cette décision et cet engagement.

À l’image de tous les groupes d’action patriotiques au travers de notre histoire – particulièrement ceux ayant eu cours au XXe siècle – qui donnèrent leurs forces vives à la consécration d’un État dont nous serions les maîtres, nous nous positionnons comme les dignes héritiers de cette lignée des plus fervents défenseurs de la patrie québécoise. Comme indépendantistes, d’autant plus comme jeunesse, nous nous targuons d’être la colonnade soutenant la demeure, celle de nos ancêtres, des générations présentes et à venir. Notre maison a sa fondation; nous parachèverons sa charpente pour que son âme y reste vivace. Si nous puisons dans les plus grands modèles d’excellence de notre passé, c’est pour lancer à l’avenir cet héritage duquel chaque génération tire son être français. Une alliance suppose de marcher épaule contre épaule dans son engagement national et civique. La cause avant tout.

Dans cette optique, nous, jeunes de la Nouvelle Alliance, ne nous retrouvions nulle part. Aucun mouvement digne de ce nom n’ose réellement aborder la question nationale. Au contraire, ils la relèguent au banc de la mémoire, à genoux face au nihilisme de notre temps. Les mouvements jeunesse actuels se réclamant de l’indépendantisme sont tous exempts de convictions nationalistes, pour ne garder qu’une coquille vidée de son fruit. Or, le but précis du combat national est le bourgeonnement de ce fruit. Une nation n’est rien sans les bases sur lesquelles ses pieds reposent ; et il est dangereux de s’oublier en cours de route. Voyant cela, nous avons pris sur nous l’important devoir de remettre la nation au cœur de la lutte, à l’avant-plan, nous affranchissant ainsi des diktats bien-pensants et de l’intelligentsia bon chic bon genre. Ce manifeste est une bravade ouverte face au travail de sape des anti-nationaux auxquels le terrain fut laissé impunément libre pendant trop longtemps. Au diable les querelles pusillanimes qui animent le mouvement souverainiste! Nous nous présentons à vous sans filtre, cartes sur table et sans compromis. L’amour de la patrie, voilà ce qui nous motive ; la pérennité du legs de nos ancêtres, voilà la responsabilité à laquelle nous nous animons; quiconque ayant le cœur à l’ouvrage national sera accueilli à bras ouvert. Rappelons qu’être Québécois, ce n’est pas seulement répondre à la définition mondaine que l’on en fait – habiter le territoire, parler la langue, etc. – ; être Québécois, c’est avant tout se décider soi-même en se projetant à partir d’un passé glorieux dans un avenir qui le sera tout autant, en faisant au présent le nécessaire afin qu’advienne notre État national.

En définitive, notre projet, qui n’est que le successeur de toutes les manifestations de résistance nationale depuis la conquête anglaise, quelles qu’elles soient, pourrait voir son essence se résumer en une phrase : clamer notre droit à la différence. La vraie. Celle qui nous permet d’être ce que nous sommes, qui nous rend pleinement conscients du caractère auguste du récit qui nous enfanta. Nous voulons saisir l’esprit de notre temps pour l’accomplir; l’esprit des cultivateurs d’unicité et des ensemenceurs de l’Histoire, de ceux qui n’hésitent pas à se soustraire aux seules logiques marchandes et comptables. La Nouvelle Alliance, c’est la bannière des infléchis et des déterminés à rester fidèle à eux-mêmes.

S’il est vrai qu’une décennie n’est qu’une poussière à l’échelle de l’histoire, nous annonçons alors que la victoire est imminente. Ce manifeste en est le premier soubresaut. Seul le triomphe marquera le point final.

La Nouvelle Alliance