
Terre, culture, patrie, nationalité… La nation québécoise d’aujourd’hui se conçoit principalement à travers son État et ses frontières, c’est ce territoire national auquel nous sommes attachés, celui que nous appelons notre pays. Notre peuple porte une réelle affection envers la vallée du Saint-Laurent, terre à laquelle il est enraciné depuis 1608, voire même depuis aussi loin que 1534.
Le Québec actuel n’est autre que la concrétisation politique de cette civilisation nord-américaine que fut jadis la Nouvelle-France. S’étendant de Louisbourg à La Nouvelle-Orléans, du Labrador à la Louisiane, de l’Atlantique aux montagnes Rocheuses ; le territoire national couvrait presque l’entièreté de l’ Amérique septentrionale. Nos pères, aux côtés de leurs alliés des nations autochtones, découvrirent ce territoire, érigeant des avant-postes au cœur même du Nouveau Monde, plantant les germes de la nation à naître.
Leurs descendants firent de même lorsque, durant l’Union et après l’avènement de la Confédération canadienne en 1867, ils décidèrent de s’établir hors des frontières de ce qu’était désormais la Province de Québec, pour se rendre dans l’Ontario, le Manitoba ou les États-Unis. À cette époque, lorsque nos père s se visualisaient la nation et son territoire national, ils regardaient bien au-delà des limites de leur Québec ancestral. La nation transcendait le territoire, c’était d’abord le peuple qui la composait ; nous étions à la maison partout où se trouvait une communauté française. Si la vallée du Saint-Laurent en était le cœur, l’Acadie et les communautés canadiennes-françaises en étaient les poumons.
Aujourd’hui, bien que la conception de notre nation s’arrête aux frontières de l’État québécois, nous restons historiquement et culturellement liés à ce qui est, de facto, notre diaspora ; nous sommes par le fait même toujours attachés à ces terres sur lesquelles nos pieds se sont jadis posés. Ainsi, concevant l’État québécois comme héritier direct de la Nouvelle-France, il sera donc normal pour nous de prétendre à ces territoires dont la ville de Québec fut jadis la capitale politique et culturelle. L’indépendance, le sens de l’histoire, de même que la gloire propre aux grandes nations reposent sur des conditions politiques, mais également physiques.
En ce qui concerne les territoires limitrophes de nos frontières, majoritairement francophones, tels l’Acadie ou l’Ontario français, des ententes et des discussions pourront avoir lieu avec les leaders de ces communautés afin de les inclure comme régions de notre nouvel État souverain. De même, certains avantages, comme l’octroi de nationalité et de citoyenneté québécoise aux membres des communautés canadiennes-françaises hors Québec, par exemple, pourraient inciter certains d’entre eux à s’établir dans un Québec indépendant. Ce rapatriement consoliderait notre position démographique et politique, et assurerait la transmission de tous les aspects de notre nationalité aux descendants de ces communautés qui, actuellement, sont en position de mort imminente. Foyer culturel de l’Amérique française, un Québec indépendant aura le devoir de se soucier des compatriotes hors de ses frontières, jusqu’à ce que celles-ci recouvrent les dimensions auxquelles nous aspirons.

