Être Québécois ou Canadien français? Faire enfin le choix de la cohérence.

Comme héritier de l’Amérique française, l’une des grandes mutations que nous a apporté le débat politique du dernier siècle est la manière de nous nommer en commun. Si la plupart de nos contemporains se désignent volontiers comme Québécois, certains s’adonnent à revendiquer une appartenance canadienne-française par attachement profond à la tradition. D’une perspective indépendantiste et nationaliste, qui dit juste? Mettons un terme à cette division une bonne fois pour toutes.

Le Canada français sans le Québec, c’est-à-dire sans un État où il puisse se constituer puissamment par le biais de sa majorité démographique et s’enraciner en pleine légitimité, est confiné à l’insignifiance politique. Privé d’un tel creuset culturel où il puisse se manifester avec assurance, en l’absence du moindre levier de pouvoir et sans institutions propres, l’on pourrait prédire avec justesse que le fait français en Amérique, de par son éparpillement et sa constitution frêle, ne survivrait pas à ce siècle, rien de moins.

Inversement, le Québec sans le Canada français reviendrait à n’être qu’un espace territorial indifférencié vidé de toute sa substance historique et peuplé de consommateurs atomisés. Sans mémoire longue et sans âme particulière, privé de toute conscience filiale conférant à la cité son caractère linguistique, culturel et ethnique, le drame de l’uniformisation « in english only » aurait définitivement eu raison des échos des gloires passées. L’éradication définitive de notre distinction – d’une partie de la diversité humaine donc – serait ainsi imputable à l’extension monstrueuse du Village global, paradoxalement vanté par les apôtres de la pluralité culturelle à tout-va.

Alors, être Québécois ou Canadien français? Nous répondons qu’il s’agit d’une fausse opposition, d’une division non seulement inutile, mais dangereuse. L’on découvre rapidement, lorsque l’on approfondit la question, que ces identités sont consubstantielles, qu’elles sont symbiotiques, que souhaiter la vitalité de l’une d’entre elles revient à vouloir que l’autre survive, par simple bon sens et surtout, par cohérence. Tant et aussi longtemps que nous ne comprendrons pas que ces deux appellations ne sont – et ne doivent pas être – en contradiction l’une avec l’autre, nous demeurerons une collectivité dramatiquement fragmentée dans son Éthos, réduite au stade permanent d’incomplétude. Une collectivité résiduelle, aussi schizophrénique qu’incertaine, n’ayant pas atteint la maturité nécessaire pour se nommer elle-même sans complexe, et surtout, sans aucune hésitation. Elvis Gratton n’aurait jamais été aussi actuel ; Falardeau quand tu nous tiens!

La nation est un corps organique, morphologique : les tares se manifestant chez les individus peuvent aussi prendre racine dans les communautés élargies. Tous conviendront que se connaître soi-même est un préalable auquel un adolescent ne peut déroger s’il souhaite accéder au stade adulte. Il en est de même pour le Québec, encore et toujours tiraillé entre son appartenance civique et historique. Devenons mûrs et faisons pleinement corps et sens avec notre nationalité : soyons Québécois de par notre attachement vital à notre territoire et à notre État, soyons Canadiens français de par la conscience de notre appartenance à une ethnicité particulière, rien de moins.

« Cessons nos luttes fratricides ! Unissons-nous ! »

Gare aux fausses oppositions.