L’impérialisme américain : faire face et combattre.

Si, durant notre histoire, le colonialisme britannique fut de toute génération l’ennemi déclaré du fait français en Amérique du Nord, il existe un autre impérialisme revendiquant sa souveraineté sur tous les aspects de notre quotidien, bien plus sournois et menaçant encore que les résidus de la vieille Albion. Ses chaînes de restauration rapide en sont les chefs-lieux et sa musique constitue autant d’hymnes annonçant le triomphe de sa langue, bien anglaise quant à elle. Puisque les États-Unis s’imposent désormais comme le phare référentiel du monde, il convient à nous, indépendantistes et patriotes, de mobiliser des pistes de réflexions et de résistance face à l’avènement d’un magma culturel uniforme, consacrant notre aliénation massive au culte de la consommation. C’est ce à quoi nous nous astreindrons ici, puisque taire un problème, aussi inconfortable soit-il, ne le fait pas disparaître.

Définissons l’impérialisme américain comme un système anthropophage fondé sur la recherche continue du profit. Il ne peut advenir, dans tout son potentiel corrupteur, sans une dynamique de marchandisation du monde.

Que faire face à ces forces en mouvements? En quelques circonstances que ce soit, le devoir du nationaliste vrai, obéissant aux impératifs civilisationnels prescrits par sa nationalité, sera toujours d’imposer le règne de la droiture et de la tête haute face à l’ordre social mercantile ; celui duquel s’échappent les liasses à l’effigie des « founding fathers », parangons modernes de la réussite sociale et camouflant habilement la trahison des pantins parlementaires lorsqu’est venu le temps de troquer ses principes. Car l’on ne peut parler de l’Empire américain sans citer son essence vitale : l’exportation et la reproduction effrénée de son commerce. Combattre cet impérialisme sans théoriser et prescrire une dialectique d’opposition absolue, voire totale audit combat, à la manière d’un antidote ou de la réversion pure d’un miroir, revient à déplorer hypocritement les effets d’une cause continuellement chérie.

Non, après l’indépendance, notre patrimoine bâti ne sera pas dans un état plus reluisant si le projet de société à l’ordre du jour demeure celui de l’extension de la banlieue américaine et de ses bunkers froids, transposés en domiciles indifférenciés.

Non, après l’indépendance, la langue française ne sera pas plus florissante si Netflix & cie constituent l’apothéose culturelle dans l’imaginaire collectif.

Non, après l’indépendance, nous ne pourrons être réellement maîtres chez nous, dans toute la plénitude de ce que cela signifie, si le gouvernail de la patrie s’oriente au gré des diktats de la haute finance new-yorkaises, ou d’où qu’elle soit.

L’indépendantisme n’est pas le prétexte désigné à l’usage de slogans mielleux, encore moins une posture pour se donner des allures de résistants du dimanche : c’est une doctrine de la fidélité absolue envers son histoire, envers sa continuation dans le temps présent et à venir. Nous découvrons donc qu’être des Américains de langue française ne suffira pas à établir notre distinction au sein du genre humain. Rares sont les temples reposant durablement sur une seule colonne. Dans la gastronomie, l’architecture, la manière de se vêtir, la parlure, dans les manifestations de notre héritage spirituel et de nos solidarités, dans notre rapport avec un ordre social fondé sur la transcendance, dans notre relation au temps et à la mémoire, partout, il s’agira d’être Québécois en toute chose, et de préférer obstinément ce particularisme aux oripeaux péremptoires de la culture américaine ; globale par synonymie, sans âme par essence.

« Une nationalité n’a de vrai principe de vie intérieure que la conscience active de sa personnalité. Du jour où elle abdique son être moral aux mains d’une puissance étrangère, elle n’a plus de durée que son agonie »

– Lionel Groulx.