Paru dans Le Harfang, vol 14 no1, automne 2025

Le Harfang – D’abord, pouvez-vous nous parler brièvement de votre cheminement personnel vers l’indépendantisme? De même, pouvez-vous évoquer pour nous la genèse de Nouvelle Alliance?
Nouvelle Alliance – Salutations aux éditeurs du Harfang. Prenez note, tout d’abord, que cette réponse est collective, et qu’elle émane des cadres de l’organisation.
Nos cheminements personnels vers l’indépendantisme, puis vers ce qui deviendra Nouvelle Alliance, sont marqués par l’éclectisme, voire par une certaine originalité. À toutes fins pratiques, nos parcours sont très divers les uns des autres : mentionnons l’adhésion passée — et révolue — de certains d’entre nous à des courants d’extrême gauche. L’anarchisme s’est aussi prêté au jeu. D’autres, à contrario, ont eu un parcours plus conventionnel, et sont séparatistes depuis le berceau. Lorsque nous faisons la rétrospective de nos engagements passés et que, malgré nos antipodes originels, nous constatons que nous sommes aujourd’hui réunis sous une seule et même idée, nous ne pouvons nous empêcher d’en rire et d’affirmer, non sans prétention, que les grands esprits se rencontrent.
Maintenant, sur la genèse de Nouvelle Alliance, c’est à travers le militantisme au sein d’organes plus « classique » de l’indépendantisme québécois que se sont rencontrés les fondateurs de ce qui allait devenir notre organisation : Parti québécois, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, même l’éphémère Mouvement des Jeunes Souverainistes sur les réseaux sociaux. Dans ces organisations, ils ne trouvèrent pas le type de militantisme qu’ils recherchaient ; c’était une réelle volonté d’action et de mouvement à travers un activisme indépendantiste et nationaliste qui animait alors — et qui anime toujours — nos fondateurs. À la manière de certains mouvements écologistes, le regard tourné vers les militants les plus pugnaces de notre histoire, mais également vers les pratiques de certains patriotes européens, ils ont fondé un mouvement d’abord axé sur le militantisme et l’activisme de terrain, ensuite sur la formation intellectuelle. Nouvelle Alliance est, entre autres, née de la prise de conscience de ce manque d’action directe au sein de milieu indépendantiste.
Le Harfang – Comment en êtes-vous venus à lancer Nouvelle Alliance? Et surtout à lancer un mouvement s’inscrivant aussi fermement en faux contre les poncifs véhiculés par les tenants du nationalisme officiel depuis des années?
Nouvelle Alliance – C’est précisément pour faire face à cette tendance que nous en sommes venus à fonder Nouvelle Alliance. Ou encore, c’est pour remédier à une absence d’approche réellement nationaliste au sein du mouvement indépendantiste. Car, en plus du manque d’action directe dans ce milieu, notre passage dans ses instances plus « officielles » nous a amenés à poser un constat sévère sur celui-ci : l’indépendantisme est aujourd’hui — et depuis assez longtemps d’ailleurs — violemment séparé de sa dimension nationaliste et identitaire.
Ce « nationalisme officiel » est la suite logique et prévisible d’un nationalisme civique et progressiste dominant jusqu’au référendum de 1995, couplé à l’aboutissement du zeitgeist « tranquiliste ». Le nationalisme dominant avant 1960 était structuré autour d’une nation charnelle, enracinée dans son territoire, sa langue, son histoire et son héritage religieux. Si la première phase de la Révolution tranquille visait à moderniser ce nationalisme sans le renier, l’effet de la révolution anthropologique ayant eu lieu partout en Occident dans la génération du babyboom a causé une véritable rupture qui, au fil des décennies, est devenue la norme. Dans le contexte québécois, il s’agit de cette seconde moitié de la Révolution tranquille, fortement influencée par le gauchisme et le progressisme de l’époque, puis du Refus global ; c’est ce que nous appelons « tranquilisme ». Le « nationalisme officiel » qui en découle se veut inclusif, pluraliste et ouvert. Il n’est alors plus connecté à l’esprit du peuple, mais à des chartes et des valeurs abstraites. Il ne célèbre plus les ancêtres et le lignage, mais la diversité multiculturelle, l’interculturalisme n’en étant qu’une variante québécoise. Il n’est plus en phase avec le courage des fondateurs de la nation, mais plutôt avec une égalité abstraite. Sauf qu’on n’érige pas une nation sur des principes désincarnés : la nation n’est pas strictement contractuelle, elle ne se résume pas en un projet de société ou en programmes sociaux. C’est d’abord l’appartenance à un héritage, à une mémoire ; c’est une continuité à la fois charnelle et spirituelle. Résultat, le Québec se retrouve avec un peuple, vieillissant, qui doute de lui-même et une jeunesse coupée de son passé, tournée vers l’ailleurs.
Par notre implication, nous voulons changer la donne, c’est-à-dire repenser l’indépendantisme québécois en le réenracinant dans la longue durée de son histoire, et en le recentrant sur la nation. Car si toutes les raisons sont bonnes pour faire l’indépendance, c’est d’abord et avant tout parce que les Québécois forment une nation, qu’ils sont majoritaires sur leur territoire national, mais qu’ils n’ont qu’un contrôle partiel de leur État que celle-ci doit être faite. Plus encore, lorsqu’une nation est dans une situation comme la nôtre, l’indépendance devient aussi une question de survie ; pour qu’elle puisse être pérenne, une nation doit être pleinement souveraine. C’est une approche nationaliste que nous apportons à la table, rappelant ce qu’est l’indépendantisme québécois : une lutte d’abord et avant tout identitaire.
Le Harfang – Quel sont les personnalités et les mouvements que vous considérez comme «inspirants» pour votre éveil indépendantiste?
Nouvelle Alliance – Pierre LeMoyne d’Iberville, Louis-Joseph de Montcalm, les Patriotes de 1837-1838 ; plus particulièrement Jean-Olivier Chénier et De Lorimier, Jules-Paul Tardivel, Lionel Groulx, L’Action française de Montréal, Wilfrid Morin, Dostaler O’Leary, les Jeunes-Canada, les Jeunesses Patriotes, Raymond Barbeau et l’Alliance laurentienne, Marcel Chaput, André D’Allemagne, Pierre Bourgault et le Rassemblement pour l’indépendance nationale, René Lévesque, Reginald « Reggie » Chartrand et ses Chevaliers de l’indépendance, Paul Rose et l’expérience du Front de libération du Québec, Gaston Miron, Marcel Rioux, Jacques Parizeau, Pierre Falardeau, le Réseau de résistance du Québécois.
La liste est longue, et elle pourrait l’être davantage. L’indépendantisme québécois est ce qu’il est aujourd’hui grâce aux générations d’hommes et de femmes qui n’ont pas fait l’économie de leur courage. D’autres nous ont pavés la voie, à des époques où s’afficher comme séparatiste provoquait des conséquences beaucoup plus rudes et violentes qu’aujourd’hui. À ceux-là, nous leur devons tout.
Le Harfang – Comment vous situez-vous par rapport à l’héritage de Lionel Groulx, de l’abbé Wilfrid Morin, de Raymond Barbeau, de Pierre Bourgault , de Raoul Roy, de Réginald Reggie Chartrand?
Nouvelle Alliance – D’abord, et ce n’est pas un secret pour personne, nous voyons Lionel Groulx comme le père de la doctrine nationale ; il est pour nous un maître à penser. Nous nous plaçons ainsi directement dans l’héritage du prêtre-historien et de ses disciples groulxistes — comme l’abbé Wilfrid Morin, intellectuel pionnier de l’indépendantisme avec son ouvrage Nos droits à l’indépendance politique — et de la revue L’Action française de Montréal. Leur nationalisme résolument tourné vers le Québec comme foyer national, de tendance conservatrice classique, enraciné dans l’histoire longue de l’Amérique française, est pour nous la base de ce qui peut constituer un réel nationalisme identitaire québécois. Leur vision sociale, ancrée dans la doctrine sociale de l’Église catholique, offre aussi une dimension socio-économique intéressante, à la fois critique du libéralisme et du socialisme, qui peut encore aujourd’hui avoir une place. Finalement, par leur volonté d’ériger « l’État français » comme État et foyer national du Canada français, ils sont pour nous les précurseurs, les penseurs, et les pères de l’indépendantisme québécois. Ils ont tracé la voie aux générations suivantes de militants nationalistes et indépendantistes ; nous leur faisons honneur en réactualisant la riche pensée qu’ils nous ont léguée.
Viennent naturellement à cette suite Raymond Barbeau et son Alliance laurentienne. À cheval sur la fin de la décennie de 1950 et sur le début de la décennie de 1960, Barbeau fait pour nous le pont entre ce nationalisme canadien-français conservateur d’avant la Révolution tranquille et le néonationalisme indépendantiste québécois qui s’installe graduellement durant cette nouvelle période. Intellectuellement dans la même lignée que ses prédécesseurs, il reprend cependant leur critique de l’impérialisme en lui ajoutant l’approche décoloniale qui s’impose alors de plus en plus dans les cercles nationalistes indépendantistes. C’est la réalisation que le Québec est une colonie, celle d’Ottawa, et que l’indépendance est plus que nécessaire pour que la nation « laurentienne » soit en mesure de se développer dans la pleine mesure de ses capacités. S’inscrivant en partie à la suite de Wilfrid Morin, Barbeau et l’Alliance laurentienne visent à la formation d’une République de Laurentie — dont les frontières ne sont pas totalement celles du Québec province, car elles comprennent volontiers les communautés francophones limitrophes —, comme État national pour les héritiers de l’Amérique française. Cette conception de l’État québécois indépendant n’est pas sans nous déplaire.
Finalement, bien que nous ayons une critique parfois sévère de ce qu’est devenu le nationalisme québécois, nous ne sommes pas sans nous inscrire dans sa frange indépendantiste, tel qu’elle a pu se développer dans les années 1960-1970. Nous nous éloignons cependant de l’approche institutionnelle péquiste pour nous tourner vers l’héritage, vous visez juste, de militants comme Marcel Chaput, Pierre Bourgault, Raoul Roy et Reggie Chartrand. Le Rassemblement pour l’indépendance national (RIN) occupe une place d’honneur sur le podium de nos inspirations, notamment dans la forme qu’a pu prendre son oeuvre politique. Bourgault est sans conteste le plus grand orateur de notre histoire politique, et tout indépendantiste qui se respecte doit connaître, à tout le moins, ses discours les plus fameux.
Ainsi, comme eux, c’est dans une vision radicale, militante et volontariste de l’indépendantiste que nous nous plaçons. Comme eux nous refusons toute forme de compromis avec le fédéralisme canadien ; pas d’entente constitutionnelle, pas de souveraineté-association, pas de réforme du fédéralisme, mais une réelle indépendance. Dans la même lignée que Raymond Barbeau et eux, nous considérons que la nation québécoise est un peuple conquis, sous domination étrangère. Dans ces conditions, l’indépendance est alors une question d’honneur, de survie et de liberté ; c’est un combat contre l’aliénation culturelle, linguistique et économique ; c’est une lutte anticoloniale et anti-impérialiste. Comme cette frange de l’indépendantisme, nous refusons de diluer l’objectif indépendantiste dans des jeux électoralistes et visons à une refondation globale de la nation qui va au-delà des questions constitutionnelles.
Nouvelle Alliance se veut, en quelque sorte, une synthèse actualisée de ces courants du nationalisme et de l’indépendantisme québécois, à laquelle nous reconnectons la dimension sacrale, enracinée, assumée de la nation. Par l’inspiration que nous puisons dans les penseurs de la première vague, et l’actualisation identitaire que nous apportons, nous nous situons cependant rupture avec l’héritage tranquiliste, progressiste et déraciné qui domine depuis les années 1970.
Le Harfang – Compte tenu de l’importance du catholicisme dans notre histoire, comment le catholicisme est-il intégré à votre réflexion?
Nouvelle Alliance – Bien que notre mouvement ne soit pas confessionnel, nous nous attardons à redonner ses lettres de noblesse à notre trajectoire catholique gravement malmenée par l’historiographie progressiste, et plus particulièrement, nous nous donnons la mission de préserver les fruits qu’elle nous a légués, que ce soit en matière de traditions, d’architectures, de mœurs, de psychologie collective. Qui plus est, bien que notre époque l’ait oublié, la religion est une partie de ce qui fait l’identité d’une nation. Car, bien plus qu’une confession religieuse, le catholicisme reste une source de culture, de valeurs, d’idées et de civilisation. Nous sommes alors d’avis qu’il est toujours possible d’aller aujourd’hui puiser de l’inspiration dans ce qu’est le catholicisme.
La société étant avant tout organique, nous ne séparons pas l’individu de la communauté dans laquelle il évolue et regardons la famille comme le fondement premier de cette société, et par conséquent de la nation. C’est pourquoi, à la suite de la doctrine sociale de l’Église, nous jugeons la solidarité entre les générations, les familles et les individus comme capitale. Axé vers le bien commun — donc national — outre la défense identitaire, linguistique et culturelle de notre peuple, nous voulons une économie québécoise enracinée, protégeant nos ressources, favorisant l’emploi local, et soutenant nos artisans, nos entreprises, nos concitoyens tout en revalorisant nos régions.
Nous sommes également fortement critique de la vision matérialiste du monde qui réduit l’homme à sa simple dimension économique, motrice, laborieuse, en oubliant que l’être humain possède également une dimension spirituelle et morale. Car la véritable grandeur d’une nation ou d’une communauté ne se mesure pas à sa richesse matérielle, mais à sa capacité à pousser ses citoyens vers le bien, le vrai et le beau. La transcendance n’est pas une fantaisie : c’est le souffle qui lie entre elles les générations, guide les choix moraux et éthiques et donne à une société toute sa profondeur et sa dignité. Ainsi, notre mouvement, comme toute doctrine nationaliste saine et conséquente, cherche à renouer avec la métaphysique, la transcendance et le sacré ; le catholicisme est alors une source d’inspiration toute désignée pour cela.
Nous sommes d’avis que les Québécois ont tout intérêt à revisiter leur perspective du catholicisme et du christianisme plus largement. Nous n’attendons donc pas d’eux qu’ils retournent en masse vers cette foi — ces démarches appartiennent personnellement à chaque individu — mais nous les invitons d’abord à réaliser que notre nation ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui, si ce n’était de ce que nous a légué l’Église de Rome.
Le Harfang – Quelle est votre définition de notre nation?
Nouvelle Alliance – La nation québécoise doit son existence à l’aventure coloniale française en Amérique. Elle naît le 24 juillet 1534 lors de la prise de possession du territoire laurentien par Jacques Cartier et prend une première forme concrète sous l’impulsion de Samuel de Champlain. Fort de son alliance avec les premiers peuples, il obtient leur assentiment afin que nos ancêtres puissent s’installer sur les rives du Saint-Laurent. Sur le cap Diamant s’érige alors Québec, fruit des labeurs de ce père de la nation, qui trace les premiers contours de notre territoire et établit les fondations de l’autorité québécoise sur l’État.
L’histoire de la Nouvelle-France constitue ainsi le mythe fondateur de notre nation. C’est sur ce socle qu’a pris forme le Canada français. Entité culturelle plus que géographique, le Canada français unit les descendants de ceux qui se sont d’abord établis dans la vallée du Saint-Laurent et les Maritimes, puis qui ont exploré, défriché et fondé des communautés ailleurs sur le continent. De ce Canada français est issu le patrimoine de notre nation — matériel et immatériel — qui a forgé nos villes, nos patronymes, nos monuments, notre parlure, notre manière d’habiter le territoire, notre caractère, notre architecture et toute notre physionomie nationale.
Au Québec, ce patrimoine provient donc des quelque 60 000 colons français qui sont demeurés en terre d’Amérique après le Traité de Paris de 1763. Leurs descendants forment ce que l’on appelle parfois la majorité historique canadienne-française, façonnée par les contraintes et les contours de notre géographie. C’est ce groupe humain qui est le noyau générateur de notre nation, le fil continu qui nous relie à notre genèse, à l’origine même du Québec historique. C’est, enfin, à ce groupe que se sont jointes les vagues successives de nouveaux arrivants — Irlandais, Écossais, Européens et autres — et qui, au fil des générations et des unions matrimoniales, ont intégré la communauté nationale.
Aujourd’hui, bien que la rectitude politique et l’effacement de toute conscience nationale substantielle nous empêchent collectivement d’en convenir, nous devons notre personnalité à notre nature canadienne-française. Cette nature s’incarne à la fois dans l’âme du Québec, mais aussi dans son corps ; la nation est pérenne puisque le groupe humain qui l’a constitué, il y a près de 450 ans, se maintient quantitativement et physiquement.
Notre nation, comme toutes les nations du monde, est d’abord un fait ethnique, qui s’est repolitisé lors de la Révolution tranquille. Car si le lignage de nos aïeux devait disparaître de la surface de la Terre, le Québec tel qu’on le connaît serait impossible. Cette vérité, aussi dérangeante puisse-t-elle paraître, est une prémisse nécessaire pour répondre à la question de la définition de la nation.
Le Québec — et son État — doivent être le foyer national des Canadiens français, et plus largement, de tous les héritiers de l’aventure française en Amérique, de Louisbourg à Bâton-Rouge. L’idée de la citoyenneté québécoise doit dépasser ses frontières physiques et être étendue à tous ces ressortissants. C’est ainsi que la nation pourra projeter sa puissance de par le continent, renouer durablement à sa diaspora, s’enraciner à nouveau dans son épopée historique et, finalement, tirer son épingle du jeu géopolitique à l’ère où s’effritent les colonnes de l’Empire américain.
Bien que notre volonté d’indépendance soit irrévocable, nous voulons dépasser le paradigme provincial et les divisions héritées du XXe siècle, qui fragmentent le peuple canadien-français en l’assignant à son territoire de résidence. Ce cloisonnement, triste héritage des États généraux du Canada français, doit être surmonté si nous voulons redevenir un peuple uni, maître de son destin. Nous considérons que partout où se trouvent les héritiers de l’aventure française en Amérique, c’est-à-dire à tout endroit où les Canadiens français ont essaimés, là se trouvent des Québécois, ou du moins, ceux qui sont seront appelés à le devenir lorsque le pays sera fait. Franco-Ontariens, Fransaskois, Franco-Manitobains, etc. ; autant d’identités construites et artificielles que les apôtres du multiculturalisme ont enfoncé dans la gorge de notre peuple, depuis 60 ans, pour trôner fièrement sur les ruines de sa fragmentation. À ces identités provinciales s’ajoutent fatalement des drapeaux différents pour désigner ce qui, à l’origine, étaient pourtant les ressortissants d’un seul et même groupe humain. C’en est assez, nous voulons retrouver nos symboles unificateurs, nous voulons nous reconnaître entre frères et sœurs d’une même épopée. Nous sommes, antérieurement et authentiquement, des Canadiens français, c’est-à-dire des Québécois par synonymie, puisque le Québec est le seul et unique État où notre peuple peut se manifester politiquement et culturellement en étant maître chez lui.
Une nation, c’est aussi sa ligne du temps, de même que les fractures tragiques qui la ponctuent. Nous ne voulons plus que notre histoire soit présentée comme étant le produit intégral de la Révolution tranquille, alors que s’animent les récits culpabilisant sur la Nouvelle-France et la période dite de la survivance. Nous considérons notre histoire dans son entièreté, nous assumons l’héritage de toutes nos manifestations de résistance, des patriotes de ’37-’38 au FLQ, jusqu’à aujourd’hui. Nous n’opposons pas nos manifestations conservatrices avec nos efforts de progrès, dans la mesure où toutes ces œuvres s’inscrivent dans une seule et même volonté : préserver et maintenir le fait français. Comme disait Bonaparte : Du baptême de Clovis au Comité de Salut public, j’assume tout. C’est cette unité historique que nous appelons, dans les subtilités de notre doctrine, la Restauration nationale.
Un indépendantiste québécois sans sa part conservatrice, c’est un fermier sans terre.
Un indépendantiste québécois sans sa part révolutionnaire, c’est un fermier sans semence.
Le Harfang – Comment Nouvelle Alliance se situe-t-elle sur la question de l’immigration?
Nouvelle Alliance – Nous nous opposons à l’immigration massive qui submerge le peuple québécois et qui condamne son substrat canadien-français à la minorisation. Nous croyons que les peuples ont le droit, si ce n’est le devoir, d’être maître chez eux, et que cet impératif prend une importance supérieure à l’ère de la mondialisation uniformisante. Car, comme la grande majorité des pays de la sphère occidentale, le Canada est touché par des changements démographiques violents auxquels les populations locales n’ont jamais réellement consenti. Alors que les taux de fertilités sont, depuis les années 1960, à leurs plus bas, l’entrée massive de populations exogènes remplace progressivement les peuples de souche européenne chez eux et change le substrat culturel, social et anthropologique des nations occidentales.
Historiquement, ce n’est pas d’hier que le régime tente de noyer les aspirations québécoises à travers l’importation d’une population qui lui sera fidèle, une tactique vieille comme le monde dans les empires. Il n’y a qu’à se référer au tristement célèbre rapport de Lord Durham, devenu gouverneur de l’Amérique du Nord britannique en 1837. Dans ce rapport, ce whig et progressiste anglais explicite clairement sa volonté de voir les Canadiens français mis en minorité et assimilés à la population britannique par l’Union du Bas-Canada et du Haut-Canada et l’apport massif de population provenant des îles britanniques. Aujourd’hui, c’est à la fois au nom de l’idéologie du « progrès », de l’ouverture sur le monde, et de l’économie que se font ces migrations, jouant indirectement le jeu du fédéral contre le Québec.
Notre position critique de ces enjeux démographiques ne se fait pas contre ces étrangers qui viennent sur notre sol. Nous comprenons qu’ils ne sont que des pions dans un jeu plus large. Ce que nous dénonçons, c’est l’immigrationnisme comme outil de développement socio-économique, et ceux qui s’en servent — le régime canadien et plus largement l’idéologie mondialiste encore dominante en Occident — comme outil politique contre les patries charnelles.
Dans le cadre actuel, avec les niveaux complètement déraisonnés d’immigration mis en place par le gouvernement fédéral canadien, et l’influence du Century Initiative qui se fait sentir, nous sommes d’avis qu’il faut que le gouvernement québécois raffermisse sa position sur l’immigration en imposant un moratoire complet sur celle-ci — couper complètement les valves — jusqu’à l’indépendance. Nous pourrons ensuite, en tant que pays souverain, réévaluer les besoins à ce moment et faire nos propres politiques en mesure d’immigration. Dans un même temps, il faut complètement revoir — voire même abolir — les programmes de travailleurs étrangers temporaires et de mobilité internationale ; même chose du côté des étudiants temporaires qui se servent de leur statut pour immigrer de façon irrégulière. Il faut également repenser l’adhésion sociale et politique à nation québécoise par l’abolition du droit du sol. D’ici l’indépendance, ceci peut être mis en place au moyen d’une nationalité pleinement québécoise qui ne serait pas corrélée à la citoyenneté canadienne, notamment à travers une constitution qui définirait d’avance les contours de l’État québécois et qui pourra être la base de celui-ci une fois l’indépendance venue.
Finalement, il faut continuer le combat culturel tout en raffermissant le refus québécois du multiculturalisme canadien — et de son pendant québécois qu’est l’interculturalisme — à travers une œuvre de réenracinement identitaire dans l’histoire longue de l’Amérique française et de la civilisation occidentale. C’est là l’une des missions de notre doctrine de la Restauration nationale, précédemment mentionnée.
Le Harfang – Quels modes d’action privilégiez-vous?
Nouvelle Alliance – Nous sommes d’abord et avant tout une organisation activiste de terrain. Nous insistons sur ce fait, puisque nous nous sommes formés en réaction aux indépendantistes pantouflards, aux avachis, à ceux qui prennent les réseaux sociaux comme dérivatifs de tout engagement véritable qui nécessite courage et sacrifice. Déploiements de bannières, collages d’affiches, actions chocs, commémorations, marches et parades, voilà, brièvement, le type d’action qui nous mettons de l’avant. Nous visons aussi la formation intellectuelle de nos membres et de nos sympathisants, notamment à travers l’organisation de conférences, de cercles de lecture et la rédaction de textes et de pamphlets. Nous ne délaissons aucun champ d’action.
Le Harfang – Quels sont vos objectifs à moyen et long terme?
Nouvelle Alliance – Devenir la référence militante et activiste de l’indépendantisme ; offrir une réelle alternative au souverainisme institutionnel ; repenser intellectuellement l’indépendantisme et le nationalisme québécois. Dans ce dernier ordre d’idée, nous sommes sur un projet de revue intellectuelle militante, à travers laquelle nous pourrons détailler certaines de nos positions, mais aussi laisser la parole à nos militants pour qu’ils puissent exprimer certaines de leurs idées.
Le Harfang – Quel avenir envisagez-vous pour Nouvelle Alliance?
Nouvelle Alliance – Depuis trois ans, notre mouvement prend de l’ampleur, et ce n’est pas un slogan creux. Chaque jour, de jeunes Québécois qui, auparavant, ne s’étaient jamais engagés dans le militantisme prennent contact avec nous, nous rejoignent, nous sollicitent pour agir dans leur communauté. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes à l’étape de la montée en puissance. Voilà trois ans que nous tenons la ligne au monument de Dollard des Ormeaux ou à la prison du Pied-du-courant. Nous demeurons fidèles à ces méthodes et à cet engagement. Rien ne remplace le fait d’éprouver physiquement ses idées. Il importe cependant de penser à demain. Pour nous, le militantisme n’est pas une aventure de jeunesse ou le moyen détourné de créer des souvenirs à étaler lorsque l’âge nous aura rattrapé. Le militantisme, l’engagement, sont des vocations totales, dont on ne se libère que lorsque le ciel nous rappelle à lui. En ce sens, notre objectif reste, et restera toujours, la souveraineté du Québec. Que ce soit aujourd’hui ou dans 100 ans.
Mais d’ici là, justement, quelle forme doit être adoptée? Serons-nous à jamais un mouvement de jeunes agitateurs? À tout le moins, nous devons viser la pleine maturité politique de Nouvelle Alliance et le développement complet de ses capacités à influencer le pouvoir, mais aussi à l’exercer. Au moment d’écrire ces lignes, le Parti québécois demeure fidèle à sa promesse de faire du Québec un pays. La méthode d’accession est un débat subalterne à cet état des choses. S’il advenait que demain, le parti politique le plus à même de nous conduire à l’indépendance trahisse la cause, Nouvelle Alliance prendra le relais en investissant l’arène électorale. En signant chez nous, nos militants savent d’emblée qu’ils feront don de leurs énergies, de leurs efforts, de leur personne pour la cause du Québec. Si la perspective des grandes entreprises et des grandes conquêtes effraie ; si la montée progressive de notre intensité rebute, c’est que le militant réticent n’a pas été préparé mentalement à l’éventualité que son organisation prenne le pouvoir. Alors, à quoi bon faire de la politique?
C’est un devoir d’aller jusqu’au bout. La politique n’est pas un jeu.
Ainsi, il n’est pas exclu de nous constituer en parti politique. Aucune visée n’est trop élevée. Pour l’heure, nous faisons le choix de ne pas diviser le vote des indépendantistes qui sont ralliés massivement sous l’étendard du Parti québécois. Nous devons prendre des forces, polir notre art, nous former et nous préparer. Si le PQ rompt avec l’espoir que les forces nationales ont placé en lui, nous serons là, tenant le fort, pour éviter que ne s’éteigne le flambeau.
Rien ni personne ne nous détournera de cet objectif. Nous sommes une jeunesse de feu au cœur d’acier. Et c’est parce que nous sommes dans l’assurance de notre victoire que la lutte nous est joyeuse.
Vive le Québec libre.
Amitiés nationalistes.

