Manifeste

De l’anomie à la Restauration nationale

Devant les chambardements qui bardassent notre vie nationale, devant l’accélération du rythme auquel se délite la cohésion sociale, devant le retour du tragique et la perte des repères, il existe une zone de résistance ; et c’est une zone qui est appelée à s’élargir, sous les actions déterminées et répétées de ceux qui refusent d’abdiquer face aux assauts du régime. C’est une zone peuplée de gens valeureux et résolus à passer de la résistance au redressement. Du côté de Nouvelle Alliance, nous avons fait le choix de nous engager à lutter férocement pour semer dans l’humus de la psyché québécoise un désir de reconquête.

C’est en témoins consternés que nous regardons notre peuple devenir toujours de plus en plus minoritaire chez lui. Face à cette minorisation, il serait aisé de céder à la colère et à l’angoisse. Ce n’est pas notre cas. Malgré nos tripes nouées, nous choisissons de sublimer nos instincts primaires par quelque chose de plus élevé. Nous mettons nos énergies dans la camaraderie et dans l’action, dans l’engagement et dans la confiance. C’est toutefois avec un sentiment d’urgence soufflant dans nos voiles que nous assistons à la disparition tranquille d’une nation qui, pourtant, s’était donné il n’y a pas si longtemps le droit de rêver et les moyens de travailler à la prise en charge de son destin. C’est avec les poings serrés et les muscles bandés que   nous sautons dans la mêlée, prêts à nous battre pour vaincre la tendance acculturatrice mortifère  en passe de broyer une identité transmise de génération en génération depuis des siècles.

Le peuple du Québec aura traversé, depuis la Conquête, des phases successives d’insoumission, allant de la rébellion à la survivance en passant par  l’autonomisme et l’émancipation. Nous nous inscrivons dans la longue lignée de ceux qui ont  sans concession soudé leur engagement à la question nationale dans une optique de libération. Mais l’époque étant ce qu’elle est, nous ne pouvons pas simplement reprendre les combats d’hier en faisant comme si nous étions encore et toujours dans une situation identique. Car si les dynamiques agissent sur les mêmes ressorts, il n’en reste pas moins que le temps passé depuis les dernières luttes sérieuses en matière identitaire a dangereusement usé notre cohésion. Nous sommes dorénavant en posture affaiblie. La langue est en déclin accéléré alors que notre métropole nous échappe, l’américanisation des consciences prend une ampleur désastreuse, l’immigration massive change drastiquement le paysage démographique, le consumérisme et l’individualisme atomisent la société et, pendant ce temps, la centralisation ottavienne en profite pour aiguiser ses dents.

Nous sommes les petits enfants d’un rouleau compresseur, les rejetons d’un aplanissement culturel. Nous sommes ce qui reste de l’abandon, les herbes folles d’une terre en jachère. Nous sommes les témoins d’une pseudo-révolution qui n’a pas tenu ses promesses. Le slogan « Maîtres chez nous », passé à l’histoire comme idéal souverainiste, n’a jamais été mené à son aboutissement. La période d’ébullition qui était censée culminer en victoire totale pour le camp indépendantiste n’aura servi en fin de compte qu’à libéraliser excessivement les esprits ainsi qu’à transformer notre État en comptoir alimentaire pour familles monoparentales dans le besoin. Si effectivement, l’État-providence a eu son heure de gloire, il en est autrement aujourd’hui. Le modèle québécois ne peut se déployer efficacement que dans une société avec une certaine homogénéité, voire une homogénéité certaine. Une société composée d’éléments qui se reconnaissent entre eux ; une société capable d’échanger sur la base de référents communs. Que les apôtres du multiculturalisme sauvage, du très-bien-vivre-ensemble de pacotille et du bon-ententisme niais se le tiennent pour dit.

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Face à un tel constat, il nous fallait faire un choix. Nous choisissons donc d’incarner une jeunesse québécoise qui entend se battre pour conserver son héritage canadien-français. Nous refusons de nous soumettre à l’idéologie dominante contemporaine, si prompte à déraciner les peuples, à salir leur fierté et à violer leur histoire. Depuis l’enfance, on nous martèle que nous devrions avoir honte de cet héritage. Nous avons été nourris aux mamelles de la haine de soi et du ressentiment. Nous avons été servis par les théoriciens de la déconstruction. On nous a enfoncé dans la gorge le progrès et la diversité comme à des oies que l’on voudrait gaver.

Année après année, le Québec dégénère à tous les niveaux : politique, économique, social. Malgré tout, les prophètes du progressisme continuent de ressasser leurs mantras édulcorés en nous vantant cette soupe bon marché du progrès éternel. Mais le progrès de quoi ? Le progrès de la décadence. Décadence des mœurs et du savoir-vivre. Décadence des élites politiques, économiques et médiatiques. Décadence des institutions, en première ligne desquelles se trouve l’école. Décadence des valeurs partagées et de l’intégration sociale. Désintégration tranquille, désolation culturelle. Détresse psychique de la jeunesse. Déni de notre identité et détour odieux de la route qu’on s’était tracée. La démesure et la censure sont devenues les mots d’ordre de notre déconfiture nationale. Voulons-nous vraiment continuer d’être dirigés droit dans le mur par ces aveugles visionnaires, aux prophéties bien-pensantes qui ne profitent qu’aux grands charognards de la finance ? Car oui, disons-le franchement, toute cette propagande pseudo-progressiste du gauchisme institutionnel trouve un complaisant écho dans les grandes corporations, les médias et les institutions pour une simple raison : elle est au service du système de domination et de corruption ultralibéral. La gauche postmoderne marche main dans la main avec la droite patronale. Oh, la douce ironie. Car l’immigrationnisme est promu par le patronat tout en étant défendu par la gauche en moralisant le débat, sous le couvert du progrès et de l’ouverture. Mais, lorsque notre camp s’élève contre ce système destructeur des nations — s’alignant avec la critique d’une mondialisation libérale que l’on trouvait parfois à gauche — il est rapidement catégorisé comme étant contre l’idylle du vivre-ensemble, contre la sainte diversité, contre la paix universelle et tout le charabia obséquieux et larmoyant de ces bigots modernes.

L’idéologie diversitaire n’est rien d’autre qu’une meule impérieuse désireuse d’effacer les particularismes, de folkloriser les cultures et d’annihiler les identités, bref d’imposer une chape de plomb sur les nations vivantes pour en niveler le relief historique au profit d’un aplatissement stérile. C’est l’aboutissement du grand marché globalisé. Rien de surprenant alors que l’homme est réduit à n’être qu’un consommateur n’ayant que la quotidienneté comme horizon. L’hubris consumériste est alors mécaniquement compensée par un relativisme démesuré des valeurs communes. Voilà l’idéal de cette civilisation en déperdition : une grande orgie de consommateurs abrutis pataugeant dans la mare boueuse d’un nihilisme sans repères.

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C’est pour ces raisons qu’il faut diagnostiquer sévèrement la démission, ferment des pires traîtrises, de ceux en qui nous avions placé nos espoirs et nos attentes après 1995. Cette élite souverainiste qui consent à louvoyer sur la radicalité intrinsèque de l’indépendance, à s’en excuser, à vider notre lutte nationale de ses fondements pour que la morale radio-canadienne l’autorise à s’en parer, a jeté les armes. Elle a enterré le fleurdelisé pour le remplacer par un drapeau blanc. Notre idéal le plus haut, celui qui mène à l’indépendance, devenait le hochet d’affairistes plus soucieux de paraître que de vaincre. Se surprendre de nos déconvenues nationales des 30 dernières années relève d’une naïveté propre à ceux qui pensent que les principes sont plus abrasifs que le velours d’un siège de député. Cette pensée se vaut, à la seule condition de donner brusquement congé aux opportunistes. Le souverainisme d’apparat, malade de son institutionnalisation, davantage préoccupé par la sécurité que par la solidarité, corrompt les véritables élans de résistance en les confinant dans des cadres électoraux incapacitants. Ces élans, justement, doivent s’autoriser à investir des sentiers que la docilité et la servitude déconseilleraient d’emprunter. Hors du parti, point de salut nous disent-ils ; et puis quoi encore?

Il y a une Nouvelle Alliance qui s’autorise à repenser la convergence nationaliste en dehors de la dualité des partis, des espaces traditionnels de la respectabilité et d’un progressisme déjanté qu’on nous sert jusqu’à plus soif. Une nouvelle doctrine, un nouveau mouvement, une alternative militante réelle impliquent le combat : l’accepter est notre joie. Nous sommes non conformes par fidélité envers ceux qui, avant nous, ont tout sacrifié pour que vive le Québec libre.

Le devoir de notre jeunesse est d’autant plus grand. Puisque le flambeau de la mémoire ne nous a pas été transmis, nous dûmes d’abord le chercher dans les ruines laissées par la postmodernité, puis le reprendre pour l’allumer d’un feu nouveau. Une génération frappée d’apatridie n’a que deux avenues : trouver ailleurs une nationalité de substitution, ou retourner boire à la source culturelle de son propre peuple. En la matière, la vacuité ne dure jamais, et l’honneur nous décommande de devenir l’appendice de l’Empire américain ou le vassal d’une Chine émergente.

Pour affronter le temps, le Québec doit d’abord se réconcilier avec lui-même en unissant les deux composantes maîtresses de son histoire : l’ère canadienne-française et la trajectoire québécoise. La première donne à la nation son substrat spirituel, sa particularité ethnique et ses mythes fondateurs. Elle est le visage vivant — oui, toujours vivant — que nous nous sommes taillé dans le roc laurentien. La seconde, cette jeune québécitude, est le fruit d’un État que nous avons voulu habiter de nos aspirations les plus matures, dans le seul ensemble géographique où nous puissions vivre véritablement, forts d’une majorité que nous refusons de dilapider.

D’aucuns diraient, enfermés dans un vieux manichéisme, qu’une critique conséquente de notre effritement devrait ordonner le retour à un ordre social passé, antérieur au titre de Québécois. Investis d’un amour viscéral de notre peuple, vouloir liquider le nom qu’il s’est forgé dans l’affirmation reviendrait à lui tourner le dos. Nous, qui militons pour notre permanence, ne sommes toutefois pas les apôtres de la nostalgie ou d’une pétrification du temps. Si les échos de la Nouvelle-France anoblissent notre filiation, nous avons aussi entendu nos aînés scander « Le Québec aux Québécois » dans une effervescence guerrière. Nous les avons vus matraqués, faisant couler leur sang, pour que l’école et l’usine deviennent les forteresses de leur langue, expurgées des maîtres et du capital anglais qui les souillaient. Notre existence sera consacrée lorsque la trame de notre vie sera remise à l’endroit, vidée des apartés qui suggéraient la table rase et la répugnance de notre héritage. Ne pas répéter les erreurs du passé consiste à faire communier ensemble toutes nos manifestations de résistance nationale pour que, par ce pur alliage, une nation entière puisse enfin fortifier son espérance en l’avenir et prendre possession de son destin. Que commence enfin, pour nous, le chapitre post Refus Global : donnons le coup de grâce à l’interstice historique qui voulait nous délester du poids des traditions, amoindrir nos gloires et affadir notre histoire en en caviardant les siècles. Que l’émancipation à laquelle nous tenons cesse de se conjuguer avec l’égarement et l’amnésie. Gardons les élans révolutionnaires qui exigeaient un Québec tonifié, assumant la puissance d’être maître chez lui, en laissant derrière nous les nihilistes les plus fanatiques qui avaient voulu décapiter Saint Jean Baptiste. Quant à la jeunesse, elle n’a qu’une mission : se donner une patrie qui, en son corps et en son âme, reste fidèle aux sacrifices de sa lignée.

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